Le 24 octobre, à Bordeaux, un cortège calme s’est terminé par des affrontements place Gambetta et place de la Bourse. Depuis la rentrée, plusieurs journalistes ont été frappés, bousculés ou dépouillés de leur matériel en couvrant des mobilisations. Pour les rédactions, la question n’est plus théorique : comment permettre à une équipe de travailler au plus près de l’événement sans l’exposer inutilement ?

L’actualité : le 24 octobre à Bordeaux, des journalistes pris pour cible en France

Selon le point publié par la préfecture de la Gironde le 24 octobre 2026 à 20 heures, environ 15 500 personnes se sont rassemblées à 14 heures place de la Bourse, malgré l’arrêté interdisant les manifestations dans un périmètre du centre-ville. Le cortège a défilé dans le calme, puis des groupes s’en sont détachés au cours de l’Intendance et ont affronté les forces de l’ordre place Gambetta, avant de nouveaux heurts place de la Bourse : projectiles, mortiers, barricades, poubelles incendiées. Le bilan provisoire faisait état de 44 interpellations, de trois blessés et de huit commerces touchés. La CGT Gironde annonce déjà un rassemblement le jeudi 5 novembre, place de la République.

Dans le même temps, la sécurité des journalistes revient au premier plan. Reporters sans frontières a recensé, dans un article du 16 octobre, au moins douze journalistes agressés physiquement ou verbalement lors des mobilisations lycéennes et étudiantes depuis le 21 septembre, la moitié par des manifestants ou des tiers, l’autre moitié par des forces de l’ordre. Le 20 octobre, la CFDT-Journalistes listait à son tour des incidents survenus le 17 octobre, à Nantes, Marseille, Grenoble et Paris : reporters blessés, menacés, matériel arraché.

Place de la Bourse et miroir d’eau à Bordeaux
Le 24 octobre, le rassemblement est parti de la place de la Bourse, où de nouveaux heurts ont éclaté en fin de journée. Photo : Patrick Despoix, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Sur le terrain le 24 octobre

Ce jour-là, Nox Protec assurait la protection rapprochée d’une équipe journalistique venue couvrir la manifestation bordelaise. Nous en avons publié quelques images sur notre compte Instagram, sans révéler l’identité du média accompagné : la discrétion fait partie de la mission. Voir la publication sur Instagram ↗

Pourquoi une équipe de reportage est exposée

Un journaliste qui filme ou photographie a le regard dans son viseur, souvent le dos tourné à la foule. Il cherche à se placer là où l’action se déroule, c’est-à-dire précisément là où la situation peut basculer. Une caméra, un appareil photo ou un micro attirent l’attention, et parfois l’hostilité de ceux qui ne veulent pas être filmés. S’ajoutent les mouvements de foule, les charges, les gaz lacrymogènes et la fatigue d’une journée longue. Les heurts du 24 octobre, survenus après un défilé calme, rappellent qu’une manifestation peut changer de visage en quelques minutes.

Ce que fait l’agent, et ce qu’il ne fait pas

La protection d’une équipe de presse ne consiste pas à faire écran ou à jouer les gros bras. L’agent est un second regard, entièrement tourné vers l’environnement, pendant que l’équipe se concentre sur son travail.

L’agent de protection

  • prépare l’itinéraire, les points de repli et les sorties possibles ;
  • surveille les arrières et les abords pendant les prises de vue ;
  • repère les signes de tension et propose de se déplacer à temps ;
  • veille sur le matériel et sur l’état physique de l’équipe ;
  • organise le décrochage quand la situation se dégrade.

Il ne fait pas

  • de maintien de l’ordre : il n’a aucun pouvoir de police ;
  • obstacle à l’action des forces de l’ordre, dont il respecte les consignes ;
  • d’interpellation ni de contrôle d’identité ;
  • de choix éditorial : il ne décide pas de ce qui est filmé ;
  • d’affrontement : sa priorité est d’éviter le contact, pas de le gagner.

Une mission en quatre temps

  1. PréparerLire les arrêtés préfectoraux (périmètres, horaires), repérer le parcours annoncé, les rues de dégagement, les points de rendez-vous et les lieux où se mettre à l’abri. Prévoir l’équipement adapté à la journée.
  2. Briefer l’équipeConvenir de signes simples, de qui décide de se replier et à quel moment, d’un point de regroupement en cas de séparation et d’un moyen de joindre la rédaction.
  3. AccompagnerSe placer pour voir ce que l’équipe ne voit pas, anticiper les mouvements de foule et les zones où les heurts se concentrent, souvent en fin de cortège, comme le 24 octobre.
  4. Décrocher et débrieferQuitter la zone par un itinéraire préparé, vérifier que chacun va bien et que le matériel est complet, puis faire le point avec la rédaction pour la prochaine fois.

Discrétion avant tout

Agent Nox Protec de dos, oreillette, devant une façade bordelaise
Un agent de protection observe l’environnement pour que l’équipe puisse se concentrer sur son travail.

Sur une manifestation, un dispositif voyant peut produire l’effet inverse de celui recherché : il attire l’attention et peut gêner le travail de l’équipe. L’agent adopte donc une tenue sobre, adaptée au terrain, et se tient assez près pour intervenir, assez loin pour ne pas entrer dans le champ. Il ne s’adresse aux manifestants ou aux forces de l’ordre que lorsque c’est nécessaire, calmement, et laisse aux journalistes le soin de présenter leur carte de presse.

La relation avec la rédaction repose sur la confidentialité : nous ne communiquons ni le nom du média, ni celui des journalistes accompagnés, ni les détails du dispositif.

Avant le 5 novembre : les questions à se poser

Avec un nouveau rendez-vous annoncé le 5 novembre, les rédactions et les journalistes indépendants qui couvriront la journée à Bordeaux peuvent se poser quelques questions simples. L’équipe connaît-elle le parcours et les zones interdites ? A-t-elle prévu un point de regroupement et un horaire de fin ? Qui surveille l’environnement pendant les prises de vue ? Le matériel peut-il être protégé ou confié en cas de repli ? Pour les incidents, la CFDT-Journalistes rappelle par ailleurs qu’ils peuvent être signalés aux organisations qui les documentent.

Un agent de protection ne remplace pas l’expérience des journalistes de terrain ; il leur permet de garder les yeux sur leur sujet.

Nox Protec à Bordeaux

Nox Protec accompagne à Bordeaux, en Gironde et lors de déplacements en France les équipes de reportage, les dirigeants et les personnalités qui ont besoin d’une protection rapprochée discrète et préparée. Découvrez notre page garde du corps à Bordeaux ou prenez contact en toute confidentialité.

Sources